Spécialité médicale en pénurie : quelles sont les plus recherchées ?

3289 postes ouverts, 242 non pourvus. Un chiffre brut, une réalité criante : certaines spécialités médicales semblent désertées, alors que les besoins explosent. Les chiffres s’empilent, mais le déséquilibre s’enracine. Les campagnes d’incitation peinent à attirer, les mesures financières n’inversent pas la tendance, et chaque année, les classements des internes confirment la persistance des écarts.

Les spécialités les moins choisies sont souvent celles où la demande s’intensifie. Ce paradoxe nourrit les déserts médicaux et chamboule l’organisation des soins dans toutes les régions. Pression du quotidien, charge mentale, avenir incertain : voilà de quoi bouleverser le classement des voeux à l’internat.

Pourquoi certaines spécialités médicales sont-elles en pénurie aujourd’hui ?

La France fait face à une pénurie désormais structurelle dans plusieurs spécialités médicales. La médecine générale en tête : la demande dépasse largement le nombre de praticiens formés. À l’origine du problème, le fameux numerus clausus, resserré de façon drastique dans les années 1990 par le Gouvernement français. Une génération entière de médecins jamais formés, l’effet domino se fait sentir aujourd’hui dans tous les services.

Voici les disciplines particulièrement concernées par cette carence croissante :

  • Médecine générale : malgré l’abondance de postes à l’internat, la vocation ne suit pas. Le vivier s’épuise.
  • Gériatrie : le vieillissement de la population explose, mais les effectifs stagnent, laissant les structures sans relais.
  • Anesthésie-réanimation : pilier de l’hôpital, pourtant incapable de couvrir tous les besoins, surtout en région.
  • Psychiatrie : sous-effectif chronique, que ce soit pour les adultes ou les enfants. Les files d’attente s’allongent.
  • Radiologie : difficulté à attirer dans les centres modernes, malgré un rôle clé dans le diagnostic.

Le phénomène ne s’arrête pas aux frontières. En Belgique aussi, les médecins généralistes, psychiatres, spécialistes en oncologie médicale ou en gériatrie manquent à l’appel, selon la DREES et les analyses de terrain. Des spécialités ne remplissent même plus leur quota d’internes, preuve tangible d’un manque d’attractivité, d’un malaise qui interroge la relève médicale et les conditions d’exercice proposées aux jeunes diplômés.

Classement 2025-2026 : les spécialités les plus recherchées et celles que les internes boudent

Encore cette année, la médecine générale occupe le haut du tableau des spécialités en tension. Premier pourvoyeur de postes à l’internat, elle ne parvient toujours pas à séduire assez de futurs médecins pour combler les besoins croissants sur le terrain. Même la psychiatrie, qui offre le deuxième plus grand nombre de places, voit de nombreux postes laissés vacants après les choix. Le Collège national des universitaires en psychiatrie le martèle : la filière ne gagne pas en attractivité, malgré l’urgence du recrutement.

Dans le trio des disciplines recherchées, l’anesthésie-réanimation s’impose, notamment dans les hôpitaux de province où stabiliser les équipes relève du casse-tête. Même constat pour la radiologie, dont les postes restent difficiles à pourvoir hors des centres urbains, et pour la gériatrie, poussée par le vieillissement rapide de la population et la demande croissante en EHPAD et structures de soins de suite.

Plusieurs dispositifs tentent d’endiguer l’hémorragie. Parmi eux, le Contrat d’engagement de service public (CESP) ou le programme Hippocrate cherchent à attirer les jeunes médecins vers les zones sous-dotées. L’effet reste limité. Les spécialités de premier recours séduisent peu, tandis que d’autres, cardiologie, dermatologie, ophtalmologie, voient leurs postes raflés dès les premiers tours de sélection. L’écart entre besoins collectifs et aspirations individuelles se creuse, au détriment de la santé publique.

Déserts médicaux et accès aux soins : quand la pénurie impacte le quotidien des patients

Dans la Creuse, la Nièvre ou le Cantal, il faut parfois patienter plusieurs semaines pour obtenir un rendez-vous avec un médecin généraliste. Les déserts médicaux ne sont plus une légende : ils concernent des régions entières, où l’accès aux soins devient un parcours d’obstacles. Même les grandes métropoles ne sont plus épargnées. L’Île-de-France, pourtant densément peuplée, peine à maintenir suffisamment de généralistes pour répondre à la demande.

La pénurie frappe aussi les établissements de santé : hôpitaux publics, cliniques privées, structures médico-sociales. En EHPAD comme en SSR, l’absence de gériatres devient préoccupante, notamment en Occitanie, en Bretagne ou dans les Hauts-de-France. La psychiatrie manque cruellement de bras dans les grandes régions urbaines comme en PACA ou Centre-Val de Loire, rallongeant les délais de prise en charge à plusieurs mois.

Quelques chiffres illustrent l’ampleur des difficultés :

  • Selon l’étude UFC-Que Choisir, une femme ou un enfant sur quatre rencontre de sérieux obstacles pour consulter un gynécologue ou un pédiatre.
  • Les radiologues sont activement recherchés dans des régions comme Bourgogne-Franche-Comté, Pays de la Loire ou Auvergne-Rhône-Alpes.
  • Dans le Finistère, l’accès aux soins atteint un niveau critique, obligeant certains patients à parcourir de longues distances.

Les retours du terrain abondent. Anthony, habitant d’une petite commune, partage son expérience : pour une simple consultation chez le dentiste ou l’ophtalmologue, il a dû jongler entre délais interminables et trajets de plusieurs dizaines de kilomètres. Derrière chaque statistique, des vies chamboulées : délais d’attente qui explosent, renoncements aux soins, services d’urgences saturés, files d’attente interminables. Le tissu sanitaire se délite, fragilisant d’abord les plus vulnérables, creusant davantage les inégalités entre territoires.

Jeunes internes médicaux dans un couloir d

Salaires, conditions de travail et perspectives : ce que réserve l’avenir aux médecins spécialistes

Le paysage des métiers médicaux mute, sous l’effet de la pénurie mais aussi grâce à l’essor de la télémédecine et du numérique en santé. Le champ d’action des spécialistes s’étend, tandis que les professionnels paramédicaux, pharmaciens hospitaliers, sages-femmes, infirmiers, orthoptistes, kinésithérapeutes, prennent une part croissante dans l’accompagnement des patients. Les anesthésistes-réanimateurs et gériatres sont particulièrement sollicités, surtout dans les hôpitaux, où la pression ne cesse de monter face à la croissance des maladies chroniques et au vieillissement de la population.

Si la rémunération varie selon les disciplines, le choix d’une spécialité ne se limite pas au montant du salaire. Les conditions de travail pèsent tout autant : charge administrative, organisation des gardes, équilibre entre vie personnelle et pratique médicale. Certains privilégient la liberté du secteur libéral, d’autres choisissent la stabilité de l’hôpital public.

L’arrivée massive de la télémédecine bouleverse le quotidien : consultations à distance, suivi renforcé des patients isolés, outils connectés pour anticiper les besoins. L’analyse des données de santé ouvre de nouvelles pistes pour adapter l’offre de soins. Des acteurs comme Euromotion Medical ou Fed Group accompagnent désormais les professionnels dans leur orientation et leur mobilité sur le marché médical. Malgré ces évolutions, la tension reste vive dans les spécialités médicales les plus recherchées.

À mesure que la démographie médicale se recompose, le système de santé joue sa survie sur la capacité à attirer, former et fidéliser de nouveaux praticiens. Le défi est lancé : qui posera le prochain stéthoscope sur la carte des déserts médicaux ?

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